Réflexions martiales

Comment s’entrainer face à quelqu’un de blessé?

En réponse à mon article:  » Comment continuer à s’entrainer lorsqu’on a une ou des blessures? « , un ami m’a dit:

 » J’ai lu ton article, et je te répondrais bien en commentaire:  » A l’inverse, comment faire pour s’entrainer face à une personne qui a une blessure? Car j’avoue que là, je ne sais jamais trop comment faire. »

Il est bien de savoir quoi faire de son corps lorsqu’on a une blessure, car, nul n’est censé vous connaître mieux que vous-même. Vous avez compris ou du moins, vous essayez de vous adapter pour continuer l’entrainement sans aggraver vos blessures. Mais là il s’agit de vous-même.

Et quand il s’agit des autres, comment s’adapter à leurs blessures? Tout travail est-il adaptable?

blessé-webBeaucoup ne souhaitent pas faire cet effort, ou ne se rendent pas compte qu’ils ne font pas d’efforts.

C’est un choix de vouloir continuer à s’entrainer blessé, on ne doit pas le faire subir aux autres, pourraient dire certains.

Avoir un bon sparring partner est important et valorisant pour son travail. Cela nous permet de progresser rapidement, de pouvoir se donner à fond , parce qu’on le connait bien pour s’entrainer régulièrement ensemble, ou bien on ne le connait pas, mais on voit vite qu’on est sur la même longueur d’onde et qu’on a la volonté de travailler en allant dans le même sens. Là, pas de demi-mesure, c’est l’intensité du travail qui prime.

Certes, les arts martiaux ont cette part de travail qui demande de la solitude, de l’égoïsme, afin de développer sa propre voie, chacun évoluant à un rythme différent, cette petite voix dans notre tête qui nous pousse à aller au delà de la souffrance de notre corps et d’essayer de se surpasser, de travailler au mieux, parce qu’il y a aussi le regard des autres, l’esprit combatif et compétitif qui nous pousse à vouloir toujours faire mieux pour soi, mais soyons honnête, aussi vis à vis des autres.

Alors, quand on se retrouve face à quelqu’un qui ne peut travailler de la même façon ni dans la même optique que soi, il y a la méchante petite voix qui nous souffle  » et voilà, le boulet, il est pour toi, tu ne vas pas pouvoir travailler correctement ! »

Et si, justement on sortait dès lors de sa petite zone de confort, ou de son égo surdimensionné et qu’on voyait un peu les choses autrement?

Comment faire lorsqu’on se retrouve face à une personne qui s’entraine avec un handicap physique, un enfant, un débutant?

Eh bien on s’adapte. Comment?

Et si on se mettait un peu à la place de la personne? Elle est blessée, certes, mais elle fait l’effort de continuer à s’entrainer. Cela prouve qu’elle est motivée, qu’elle n’a pas l’intention de laisser tomber comme cela. L’esprit étant la première clé vers la voie du Mushin, il est important de se positionner en tant que personne réceptive. Ce que l’autre nous enseigne là, c’est que la persévérance est source de guérison et d’évolution, que la patience est maître-mot de nos émotions et que l’ouverture d’esprit amène à la tolérance. N’est ce pas les bases du code moral des Arts Martiaux?

D’abord, savoir détecter la blessure ou l’incapacité chez l’autre, car ce n’est pas toujours apparent. Parfois, les personnes blessées préfèrent ne rien dire pour ne pas se faire plaindre, ou pour passer pour le  » boulet  » avec qui personne ne voudra travailler. C’est comme cela que les blessures s’aggravent et que finalement personne ne va y trouver son compte. Il est donc essentiel d’annoncer ce qu’il en est réellement à son partenaire. Il n’est pas pris en défaut, et pourra avoir le temps de l’adaptation . C’est finalement un travail à deux, avec une vraie réciprocité.

Et finalement, c’est celui qui va devoir s’adapter qui, s’il en fait vraiment l’effort, gagne en apprentissage, bien plus que les autres.

Savoir détecter chez l’autre la souffrance sur le visage est un élément déterminant dans la lecture du combat. En se mettant à s’adapter à l’autre, on ne perd pas son temps, au contraire, en plus du travail demandé, on va aussi faire évoluer sa lecture de l’adversaire. Les gestes, l’attitude, la combativité, l’intention, les grimaces sont autant d’éléments qui nous permettent de faire évoluer son instinct, la façon dont l’autre se sent. Et dans l’affrontement, cela va déterminer la façon dont il va falloir combattre  pour l’emporter.

Naturellement, je parle ici de lecture martiale.

Être à l’écoute de l’autre est aussi important. Lui donner la capacité de mettre des mots sur ses blessures, c’est aussi savoir mettre des mots sur des émotions, c’est le faire parler sur soi, c’est donner confiance et mieux comprendre. Si on comprend, on apprend. Tout n’est que cercle, ce que tu vas donner tu vas recevoir aussi.

Ce travail de patience va pouvoir permettre d’adapter son propre travail. Si je sais travailler comme quelqu’un de blessé, alors je pourrai adapter ma pratique à toutes les situations. Car, on s’entraine généralement dans un environnement valorisant, sécurisant, avec des pratiquants pour adversaires. C’est confortable.

Et, lorsqu’on se retrouve face à un adversaire qui n’a pas fait d’art martiaux mais qui est déterminé à vouloir te faire du mal, ce n’est plus confortable, et là, on se rend compte qu’il est gaucher et qu’on a toujours travaillé qu’avec des droitiers, qu’on est contre un mur, à moins que 50 cm de l’agresseur et qu’on ne sais pas quoi faire à cette distance!… on peut dénombrer quantité de situations qui remettront vite en question notre façon de voir les choses à l’entrainement avec tout type de partenaires.

Il est important de savoir s’adapter, également lorsqu’on enseigne. Recenser les personnes blessées avant le cours permet d’adapter son cours sans pour autant faire de distinguo. On peut parfaitement faire un échauffement intensif sans pour autant courir ou sauter. On peut très bien rester sur place et privilégier des mouvements répétés à vitesse rapide, tout comme travailler au maximum avec la respiration et une ouverture maximale de la cage thoracique en même temps que ses mouvements va permettre à tous de s’échauffer ou de travailler les exercices demandés, y compris pour ceux qui ont des soucis de genoux, hanche, cheville, …

Ce sont des exercices que l’on retrouve dans le Qi Gong, le Tai Chi, en karaté Martial ou bien les sports adaptés aux personnes en situation de fragilité physique comme le pratique la CAMI ( karaté adapté aux personnes atteintes de cancer).

Bien sûr, on ne le fera pas forcément tout le temps, mais ça permet à tous de sortir de son habitude de travail et de voir les choses ou les autres un peu autrement.

Travailler sur le Zanshin (avant, pendant, après), monter ses positions, ralentir ses mouvements pour travailler sur l’ancrage, sur le relâchement du corps et le contrôle de la respiration, être plus précis sur les points, sont autant de mouvements et de techniques à faire évoluer pour sa pratique.

Ce n’est pas parce qu’on ne travaille pas à pleine puissance qu’on ne travaille pas, bien au contraire. Si on maîtrise d’autant mieux ce travail lié à la réflexion et à la compréhension, on gagne en rapidité, réflexes, précision et lecture du combat.

                                    » Puisqu’on ne peut changer la direction du vent, il faut apprendre à orienter les voiles »

 

Il est important de commencer par apprendre à apprendre. Une fois qu’on a appris cela, on peut apprendre à s’adapter et une fois qu’on peut commencer à s’adapter, on est sur la bonne voie.

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